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Comment utiliser les captures d’écran comme preuve valable en justice : règles et bonnes pratiques

Comment utiliser les captures d’écran comme preuve valable en justice : règles et bonnes pratiques

Comment utiliser les captures d’écran comme preuve valable en justice : règles et bonnes pratiques

Dans un contexte professionnel, les captures d’écran sont devenues un réflexe pour garder une trace d’un e‑mail, d’un message sur un réseau social, d’une interface logicielle ou d’un échange sur une messagerie instantanée. Mais sont-elles réellement utilisables comme preuve valable devant un tribunal ? Comment les collecter, les conserver et les produire de manière à maximiser leur force probante ?

Pour les entreprises, maîtriser ces enjeux est essentiel : litiges avec des prestataires, salariés, concurrents, ou encore questions de contrefaçon, de dénigrement ou de parasitisme impliquent de plus en plus des éléments numériques. Voici les règles et bonnes pratiques à connaître.

Le cadre juridique des captures d’écran comme preuve

En droit français, le principe est celui de la liberté de la preuve en matière civile et commerciale, sous réserve du respect de certaines règles spécifiques (notamment pour les actes juridiques dépassant un certain montant ou soumis à des formes particulières).

L’article 1358 du Code civil dispose que « hors les cas où la loi en dispose autrement, la preuve peut être apportée par tout moyen ». La preuve numérique, y compris la capture d’écran, est donc en principe recevable. Toutefois, la question essentielle n’est pas tant la recevabilité que la force probante de la capture d’écran et la manière dont le juge appréciera sa fiabilité.

L’article 1366 du Code civil reconnaît explicitement la valeur probante de l’écrit électronique : « L’écrit électronique a la même force probante que l’écrit sur support papier, sous réserve que puisse être dûment identifiée la personne dont il émane et qu’il soit établi et conservé dans des conditions de nature à en garantir l’intégrité. » La capture d’écran, en tant que représentation d’un écrit électronique, doit donc s’inscrire dans cette logique de fiabilité et d’intégrité.

En pratique, les juridictions françaises admettent régulièrement les captures d’écran comme moyens de preuve. Cependant, elles sont souvent considérées comme de simples commencements de preuve nécessitant d’être corroborés par d’autres éléments (témoignages, constats, métadonnées, journaux de connexion, etc.).

Recevabilité vs force probante : ce que les entreprises doivent comprendre

Pour une entreprise, la nuance est déterminante :

Il est donc stratégique de travailler sur la robustesse de la preuve, en anticipant les contestations potentielles de la partie adverse :

Dans un procès, l’objectif est de donner au juge des éléments qui lui permettent d’être convaincu du caractère authentique et complet de la capture d’écran, au-delà de la simple image.

Les risques liés aux captures d’écran non sécurisées

Utiliser une capture d’écran « brute » comporte plusieurs risques :

Dans un environnement d’entreprise, ces risques ne sont pas seulement probatoires : ils peuvent également engager la responsabilité de la société (RGPD, confidentialité, respect des chartes internes informatiques, etc.).

Bonnes pratiques pour réaliser des captures d’écran utilisables en justice

Pour maximiser la valeur de vos captures d’écran, il est recommandé d’adopter une méthodologie rigoureuse dès la collecte :

Ces réflexes, mis en place en amont, facilitent grandement le travail des conseils juridiques et renforcent la crédibilité des pièces produites en justice.

Renforcer la valeur probante : huissier, horodatage et services spécialisés

Lorsque l’enjeu du litige est important (contentieux commercial significatif, concurrence déloyale, contrefaçon, litige social sensible, etc.), il est fortement recommandé de compléter les captures d’écran par des dispositifs à forte valeur probante.

Pour une entreprise, combiner ces approches (captures internes + constats + horodatage) permet de constituer un dossier probatoire solide, particulièrement utile en cas de contentieux complexe.

Vie privée, RGPD et loyauté de la preuve

L’utilisation de captures d’écran ne doit pas faire oublier les contraintes liées à la protection des données et au respect des droits des personnes. Plusieurs points de vigilance :

Avant de mettre en place une politique systématique de collecte de captures d’écran, il est donc recommandé de consulter le service juridique ou un conseil spécialisé, afin de cadrer juridiquement la démarche et d’éviter des pratiques susceptibles d’être sanctionnées.

Intégrer les captures d’écran dans une stratégie probatoire d’entreprise

Au-delà du cas par cas, les entreprises ont intérêt à structurer leur approche :

Cette approche structurée permet de gagner en réactivité, de limiter les pertes de preuves (contenus supprimés, comptes fermés, pages modifiées) et de sécuriser la stratégie contentieuse de l’entreprise.

Points clés à retenir pour utiliser efficacement les captures d’écran en justice

Pour les professionnels en entreprise, quelques lignes directrices se dégagent :

Les captures d’écran ne sont pas un réflexe anodin : bien utilisées, elles deviennent un outil stratégique puissant pour documenter, défendre et sécuriser les intérêts de l’entreprise dans un environnement de plus en plus numérique.

Ressources et références

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